19/01/2009

Les fous ne voient plus la lune...

...Ni la mésange qui les regarde.

Mésange lune.jpg

Mort à Gaza (Huit et fin)

***

Mahmoud est de plus en plus nerveux. Du fond de sa boutique, le libraire regarde de temps en temps ce rabbin, trop jeune ce rabbin, qui manifestement n'est pas venu là pour acheter un livre, que cherche-t-il ? A tout hasard, il ouvre son tiroir, le Smith and Wesson est là, rassurant.

La rue commence à se remplir de gens qui tous fixent maintenant le portail de la grande maison d'en face.

Avides d'images d'avant la cérémonie, des journalistes son arrivés prévenus sans doute de la sortie imminente du héros du jour, Amos, Amos le Pacificateur.

- Papa, papa, il faut y aller, la voiture arrive !

David, le jeune fils d'Amos raccroche le téléphone, la voiture sera là dans une minute.

Amos s'est marié assez tard, la vie militaire n'est guère propice à la vie de famille, surtout dans un pays continuellement en guerre.

A peine dix ans que Paula, la belle infirmière, était tombée sous le charme de cet ours blessé venu se faire soigner dans son hôpital.

Blessé surtout dans son amour-propre Amos, obligé de confier à la jolie dame un postérieur orné d'un magnifique furoncle.

Ils en riaient souvent  de cette première rencontre. Ils furent vraiment heureux tous les deux, regardant pousser leur petit David. Heureux jusqu'à cet attentat de Chypre.

En prenant la vie de  son unique amour, ces salopards de l'ombre avait brisé Amos plus sûrement qu'auraient pu le faire en trente ans tous  les combattants du Fatah ou du Hamas , et tous les ennemis de la terre...

- J'arrive. Amos descend dans le hall.

David est là, avec David. David et David, deux cousins que la mort a faits frères.

- Je suis prêt les enfants, allons-y.

Le gros 4*4 s'arrête devant la porte. Deux malabars en uniforme, colt à la ceinture se placent face à la foule, de chaque coté de la porte.

- Pas facile se dit Mahmoud, se plaçant sur le seuil de la boutique, mains croisées derrière son dos.

Le pistolet-mitrailleur Uzi est là, en cinq secondes il sera prêt à faire feu.

Des dizaines de fois il a répété le geste avec Ismaïl dans l'usine abandonnée de la banlieue de Londres.

"Tu vides ton chargeur, tu jettes ton arme, et tu pars dans la foule. Dans la panique, personne ne fera attention à toi."

Étrangement calme maintenant, Mahmoud voit comme dans un rêve les deux battants de la porte qui commencent à bouger.

A Londres, Ismaïl se tient prêt, le communiqué sera envoyé dès qu'Amos mordra la poussière.

« Le gouvernement en exil de la Palestine exige les mêmes droits pour tous sur tout le territoire.  Nous avons tout essayé par des moyens pacifiques et démocratiques. Les autorités illégales de Tel-Aviv, en restant sourdes à nos demandes nous ont obligés à cette action. Les sionistes portent l'entière responsabilité de la mort du Lieutenant-Colonel Amos Kliegsman et de toutes les victimes civiles qui sont mortes avec lui. »

La porte est largement ouverte, Amos apparaît, David et David à ses cotés, il les tient contre lui, les mains sur leurs épaules...

- Nom de Dieu, des gosses !

Mahmoud se fige quelques instants.

- Des gosses...Il le faut !

Ce moment d'hésitation lui sera fatal. La première balle le frappe à l'omoplate, lui arrachant un cri. Ensuite, tout se passe comme au cinéma.

Les deux gaillards dégainent, eux aussi sont entrainés, en un instant ils le localisent, l'un des deux se jette sur Amos et les deux gamins, leur faisant un rempart de son corps.

L'autre tire. La balle balle atteint Mahmoud au thorax.

Il lâche par réflexe sa rafale qui laboure le bitume du trottoir.

Mahmoud tombe à genoux.Le libraire qui a tiré en voyant Mahmoud sortir l'Uzi de sa redingote tire à nouveau. La balle de 11,43 lui broie la quatrième lombaire...

Mahmoud est projeté en avant, puis d'une étrange cabriole, comme un lièvre tiré dans un labour, il tombe sur le dos.

Une sensation étrange l'envahit, comme un souffle chaud qui le pénètre, comme...Oui, comme là-bas à Gaza, il y a onze ans. La même sensation qui le paralyse. Comme à gaza aussi, ce visage...

C'est lui, c'est bien lui, c'est lui, le soldat.

C'est lui, mais aujourd'hui Mahmoud n'en a pas peur.

- Il n'a pas vingt ans ce gars, ça ne finira donc jamais !

Amos devient très vieux d'un seul coup, il voudrait être loin, très loin.

- Ne regardez pas les enfants. venez, nous rentrons...

Mahmoud fixe ce visage, il voit aussi le visage des deux gosses. Il ne sait pas lequel des deux est Mahmoud son ami de Gaza, mais il l'entend qui lui dit : « Viens, je t'attends »

Son regard se brouille, celui du soldat aussi. Mahmoud ne saura jamais si ce sont ses larmes ou celles du soldat qui mouillent le regard qu'ils échangent.

Mahmoud s'en va, « Viens, je t'attends... »,

« Je viens... », le ciel devient tout noir...

***

 

Épilogue.

Il n'y eut pas de cérémonie à Jericho en janvier 2020. Amos a défait sa cravate, puis il est parti avec ses enfants.

On l'a vu en Argentine, mais était-ce bien lui ?

Ismaïl a juré en éteignant son ordinateur. Les médias du monde entier n'ont jamais reçu le communiqué du  gouvernement en exil.

Pour le reste, ça suit son cours...

La Palestine ? Et si on parlait d'autre chose !

***

J'arrête ici le récit, mais je ne mets pas le mot FIN. L'histoire n'est pas finie, l'histoire des hommes se continue à travers d'autres hommes.

Pas de fin donc à cette histoire, Mahmoud et Mahmoud se sont rejoints dans la mort, d'autres Mahmoud les feront revivre...Atteindront-ils leur Terre Promise ? C'est une autre histoire...

En guise de conclusion, pour en terminer avec cette histoire qui ne finit pas, je vous invite à consulter les liens en fin de paragraphe. Il vous aideront à comprendre pourquoi, malgré tout, il faut ne faut pas désespérer.

La guerre rend plus forts les hommes de paix qui lui survivent. Le temps viendra où le fracas des canons sera étouffé par leurs cris de colère, leurs chants remplaceront les pleurs...

Il faut  le croire. Un jour, quand tous les dieux seront morts, des hommes naîtront, insensibles aux démons et qui seront meilleurs...

***

*** Le Docteur pleure ses filles... ***

***

***Jour sans fin à Gaza.jpg***

****

Demain c'est demain.

Ange Mésange.jpg Pour des centaines de millions de gens, demain sera un jour de liesse et d'espoir.

Les Etats-Unis vont fêter comme il se doit l'entrée en foncion du 44ème président que les Américains ont choisi le 4 novembre dernier.

Beaucoup a été dit et écrit sur cet homme jeune, présenté, parce qu'il n'est qu'à moitié blanc, comme le "Premier Président noir".

Un homme  dont tout le monde attend beaucoup, beaucoup trop sans doute, beaucoup plus en tout cas  qu'il ne pourra donner.

 

WiazCan.jpg

Je ne veux pas dès aujourd'hui gâcher la fête, mais que de déceptions à venir !

...Demain sera un jour de joie et un jour de liesse. Je me joins à tout ceux qui se réjouissent de son avénement et je lui dis bien sincérement:

"Good Luck Mister Président !"

***

17/01/2009

Quand le lion est couché...

...Il ne voit que ses pattes.

Coucher PDD.jpg

Mort à Gaza (7)

***

Ismaïl vient de prendre sa décision.

Il faut donner un signal fort. Pourquoi pas à l'occasion de la cérémonie  de Jéricho, la consécration de leur héros Amos, Amos le Pacificateur. Oui, une idée vient de germer, un plan s'esquisse. Mahmoud sera l'instrument du destin, c'est lui qui le donnera ce signal.

Ismaïl et ses amis, et d’autres groupes de Palestiniens exilés un peu partout dans le monde, ont mené une guerre silencieuse à l’extérieur, hors d’atteinte de Tsahal.

Ils ont fait en sorte, et ce ne fut pas facile, car l’esprit du Hamas et la haine des juifs, soldats ou pas, s’étaient renforcés au fur et à mesure que tombaient les bombes sur Gaza, ils ont fait en sorte de mener leurs actions en faveur de leur cause, sans s'exposer aux coups de massue de l'armée d'Israël.

La Pax América imposée, il fut bien difficile pour le mouvement de libération naissant de faire comprendre aux jeunes Palestiniens révoltés qu’il fallait désormais laisser la violence de coté, et utiliser d’autres armes, d’autant que fidèle à sa doctrine, Israël rendait dix coups pour un reçu.

Mais l’idée fit son chemin, Gandhi n’était pas encore dans les têtes, mais Mandela visitait les zones mixtes.

Quand Israël décida de faire refroidir ses canons, tout ne s'arrêta pas d'un coup, les irréductibles du Hamas continuèrent leurs attaques, mais isolés et sans aucun soutien, rejetés par une population lasse de tous ces morts et de toute cette fureur, ils se retrouvèrent vite capturés et enfermés dans des camps.

A mesure que les camps se remplissaient, les attentats se firent de plus en plus rares. Les manifestations violentes s’espacèrent, et en moins d’un an, sans disparaître vraiment, la violence fut contenue dans les limites de ce qu’elle est dans une démocratie ordinaire.

Les gens marchaient dans la rue sans crainte. Le calme revint, la Palestine vivait enfin en paix.

Les grandes nations se félicitèrent de leur sagesse.

On entendit même un ministre Français, un ancien docteur humanitaire qui déclara :

« Grâce aux efforts de son président, la France a réussi à imposer la Paix en Palestine», personne n’y prit garde, il y avait des élections en France.

Le calme s’était installé, et les armes devenues silencieuses. Ce n’étaient pas le silence des agneaux. Simplement, les loups avaient changé de bergerie...

Très vite, les zones mixtes, les anciens territoires occupés, trop longtemps plongés dans une sorte de léthargie économique, furent comme pris de frénésie, une activité intense s'y développa d'un coup, un véritable eldorado pour les entrepreneurs. Ce fut la ruée.

En quelques mois, la Cisjordanie, et surtout la Bande de Gaza où tout était à reconstruire, devinrent un immense chantier, une véritable fourmilière. Il y avait du travail pour tout le monde. Devenus un frein pour l’activité économique des zones mixtes, les check-points disparurent, et le « Mur de sécurité » si décrié jadis laissé à l’abandon se démantelait peu à peu.

Comme la convention de l’Onu leur en donnait le droit, les Palestiniens circulaient librement de Gaza à Jérusalem, ou de Jérusalem à la Cisjordanie, et avec une autorisation du Ministère des Affaires Palestiniennes, ils pouvaient se rendre et résider dans le nord d’Israël, où vivaient en grande majorité les arabes Israéliens.

C’est ainsi que tout comme les ex-territoires occupés, c’est pratiquement Israël en entier qui devint « zone mixte ».

Mixte, mais pas au-delà. Les Palestiniens, bien qu’ils aient le droit de diriger les villes et les villages où ils avaient la majorité, devaient se plier à la réglementation établie par non plus l’occupant, mais par l’administrateur Israélien du district dont ils dépendaient. Ils élisaient le maire de leur ville, le droit de vote pour des élections locales, pas au-delà, pas de députés ni aucun représentant. Dans certains districts, des auxiliaires palestiniens non armés aidaient la police Israélienne dans des tâches subalternes, comme la circulation ou la sortie des écoles.

Ce n’était pas l’apartheid comme jadis en Afrique du Sud, mais on était très très loin de l’autonomie qu’ils avaient connue, et bien plus loin encore de l’Etat Indépendant dont une majorité d’entre eux gardaient l'espoir  au coeur.

S'appuyant sur cet espoir et le cultivant, patiemment, mais obstinément, Ismaïl et les siens en tissaient les fils de cet Etat.

Les Palestiniens étaient partout, il n’était pas un endroit de cet Eretz Israël, ce Grand Israël que réclamaient les juifs religieux depuis si longtemps et qu'ils réclamaient encore, qui ne fut occupé par une ou plusieurs familles de Palestiniens tranquilles, presque invisibles.

« Comme un poisson dans l’eau. » C’est sur ce terrain là que naquit l’idée d’une Grande Palestine, un Etat Palestinien dirigé par des Palestiniens.

« Menahem Begin l’a fait, je le ferai ! » Cette pensée ne le quittait pas, sans cesse elle lui revenait. C’était sa raison de vivre.

En 2018, des démographes constatèrent que sur l’ensemble du territoire d’Israël et des zones mixtes, la population arabe représentait plus de la moitié des treize millions d’habitants.

C’est à partir de ce moment, qu’apparurent dans des manifestations pacifiques, à New-York, Bruxelles, Londres, Casablanca, Prague et Neuilly-sur-Seine, des tee-shirts à l’effigie de Martin Luther King, et que de jeunes gaillards lançaient ce slogan : « Mêmes droits civiques pour tous ! » « Liberté égalité ! »…

Ismaïl et les siens contactaient les ministères et les ambassades de toutes les grandes démocraties de la planète, pour que soient reconnus aux Palestiniens les mêmes droits qu’aux citoyens d’Israël. Ils leur rappelaient au passage, que la charte des Etats-Unis et la plupart des constitutions des pays dits libres, reposaient sur les droits de l’homme, et l’égalité de ces droits pour tous.

Utiliser les armes de l’adversaire, Sun Tzu au secours de Martin Luther King, de Gandhi,Mandela et les autres. Sans oublier Menahem Begin bien sûr !

L’idée d’un Etat Palestinien prenait corps, il fallait l'aider à naitre. Ismaïl est persuadé que les urnes réussiront là où les armes ont échoué.

Pour ça, il le sait  il faut un choc, une étincelle, un déclic.

 

- Es-tu prêt ?

Mahmoud est prêt.

 

A suivre…

***

Vigie.jpgJe ne veux pas gâcher votre week-end, mais comme je les ai devant les yeux, je vous donne les chiffres des opérations de légitime défense d'Israël qui ont débuté le 27 décembre, juste pour le JT de 20 heures.

Tout d'abord, afin de rassurer les familles  qui auraient des proches dans l'armée Israélienne, le bilan de 10 soldats morts et 3 civils tués ne s'est pas alourdi ces derniers jours, tant mieux.

Passons aux morts de Gaza, le total s'élève à :

- 1143 tués, dont :

- 355 enfants

- 100 femmes

Il faut ajouter à ça un total de 5140 blessés.

Pour vous donner un ordre d'idée de l'intensité des combats, les 500 roquettes tirées par le Hamas sur Israël depuis le 27 décembre ont fait 3 morts chez les civils, et plusieurs dizaines de blessés.

Hier, les 5 enfants et la femme d'un militant du Hamas ont été tués dans le bombardement de sa maison. Heureusement pour lui, le militant n'était pas chez lui, sinon ce salopard il aurait bien été capable de se servir de sa famille comme bouclier humain pour empêcher Tsahal de tirer !

10 personnes ont été tuées dans le bombardement d'une maison où s'étaient rassemblées les membres d'une famille en deuil.

Inutile de rappeler la mort de trois des filles d'un médecin palestinien pratiquement en direct à la télé, vous l'avez vue aussi.

On parle d'un cessez-le-feu. Serait-ce que Barack aimerait prêter serment dans le calme mardi ?

 

A plus tard...

 

 

 

 

16/01/2009

Quand le dompteur lâche le fouet..

...Les tigres relèvent la patte !

Corvee de Bois.jpg

Mort à Gaza (6)

***

Ismaïl n'est pas homme à se laisser trop longtemps attendrir.

Ses années d'enfance et de jeunesse passées dans les camps de réfugiés au Liban d'abord, puis à Gaza ensuite ont fini par lui forger une carapace qui le rend plus que d'autres insensible aux malheurs qui l'entourent.

Lui aussi a lu les journaux, et lui aussi a senti monter la haine en regardant la photo du Lieutenant-Colonel Amos Kliegsman qui sera consacré « Soldat de la Nation » le mois prochain, à Jéricho. A Jéricho, au cœur de la Cisjordanie dont il y a plus de vingt-cinq ans, son père rêvait de faire sa patrie. Un obus de char l'a pulvérisé à Ramallah, lui et son rêve...

Emu plus qu'il le voudrait,Ismaïl se retient de prendre ce jeune gars bouleversé dans ses bras, de le consoler, comme un père consolerait un fils, mais il ne sait pas le faire, il n'a pas eu de père suffisamment longtemps pour apprendre.

Son histoire à Mahmoud, c'est aussi la sienne, et celle de milliers de jeunes gens, ou de plus âgés, comme lui.

- Tu es certain que c'est lui ?

Il demande ça machinalement, juste pour rompre le silence, il connait la réponse, elle lui importe peu du reste.

- Oui, c'est lui.

Ismaïl soupire, il le sait que c'est lui, lui aussi il connait ce visage, il aurait pu l'avoir dans son viseur à la bataille de Gaza, ou mourir comme ce gamin que Mahmoud lui raconte entre deux sanglots.

Ils auraient pu se rencontrer voila onze ans, Amos le Commandant des Forces spéciales, et Ismaïl, le milicien du Hamas.

S'ils s'étaient rencontrés, l'un des deux serait mort aujourd'hui, mais ils ne se sont pas vus, c'est ainsi.

Gaza, c'est là qu'il vivait Ismaïl, qu'il survivait plutôt, jusqu'à la grande bataille.

Avec le recul, il leur en veut à ces demi-fous du Hamas  qui l'ont entraîné, lui et sa génération dans un combat perdu d'avance. Pour tout dire, il leur en veut plus à eux qu'aux soldats d'Israël, parce qu'ils l'ont trompé !

Quelle folie, faire semblant de croire qu'ils pouvaient vaincre la troisième armée du monde par leurs vociférations et des roquettes balancées à l'aveugle sur les villes du sud d'Israël. Folie !

Totalement inefficace sur le plan militaire, quatre mille roquettes, et à peine une dizaine de morts. En un seul tir, un char israélien faisait mieux ! Et ils n'y avait pas que les chars, il y avait aussi les F16, les Hélicos... De la folie !

Inefficace et absurde, car en tirant sur des populations civiles, les cris des centaines de femmes et d'enfants hachés et brûlés sous les tirs de Tsahal furent étouffés aux oreilles des Israéliens, ni plus ni moins barbares que d'autres, mais qui assourdis par les Kassam, ne les entendirent pas quand il fut décidé de "mettre fin aux attaques du Hamas".

Tsahal non plus ne voulut pas les entendre ces cris, les soldats n'ont qu'une oreille, celle qui enregistre les ordres.

Ismaïl et les siens furent balayés, et Gaza transformée en champ de ruines.

Comme tous les miliciens combattants, Ismaïl dut partir ou se cacher s'il ne voulait pas finir dans un camp de prisonniers. Il partit, par l'Egypte, avec des centaines d'autres.

Le Commandant Kliegsman fut chargé de remettre Gaza en ordre et s'y installa, c'est là qu'il gagna son surnom : "Amos le Pacificateur".

Comme souvent dans l'Histoire, le sort des peuples se décide à leur insu. Sous la pression du nouveau Président Américain, l'ONU décida qu'il était temps de faire la Paix. Ainsi fut fait.

Le Hamas anéanti et le Fatah défénitivement discrédité chez les Palestiniens, ceux-ci n'eurent personne pour les représenter, c'est donc l'ONU qui décida à leur place !

Fort de leur expérience passée, les Américains proposèrent un système d'administration qui tenait à la fois des réserves indiennes de jadis et de l'administration coloniale à l'Anglaise, systèmes qui ayant fait leurs preuves furent adoptés assez facilement, et  appliqués sans délais.

Il y eut bien ça et là quelques protestations, mais les Européens ayant pas mal de choses importantes et plus urgentes à traiter, on fit confiance aux Etats-Unis.

C'est ainsi que Gaza et la Cisjordanie furent décrétées « Zones mixtes », et placées sous l'autorité d'Israël qui reçut mandat de protéger les Palestiniens.

Comme beaucoup de ses compagnons, ceux qui avaient pu fuir, Ismaïl s'était exilé en Angleterre. Très vite s'étaient constitués des réseaux de Palestiniens bien décidés à prendre leur revanche.

Pas question cependant de retomber aux mains des extrémistes et des fanatiques de tous poils. Les fous d'Allah et les nostalgiques du Cheik Yassine n'étaient pas les bienvenus chez ces nouveaux combattants de l'ombre.

Le Coran avait cédé sa place aux biographies de Che Guevara, de Toussaint Laverdure, aux livres de Régis Debray, Proudhon même. Ismaïl était fasciné par Menahem Begin.

"Ce qu'il a fait, lui et ses amis de la Haganah, nous pouvons le faire !", disait-il en s'amusant de l'air réprobateur de ses amis.

Mahmoud s'était calmé.

- Es-tu prêt ?

Ismaïl vient d'avoir une idée.

- C'est le moment, on va frapper maintenant, murmure-t-il d'une voix sourde.

 

A suivre...

***

Chien battu.jpgJe sais, ça traîne !

Mais c'est comme ça, je n'y peux rien, je me laisse emballer, une phrase en enchaîne une autre....

Bien sûr que des choses importantes se passent chez nous.

Ne serait-ce que cette idée géniale de Monsieur Darcos, un tee-shirt aux couleurs de l'école.

Bravo Xavier, c'est une réforme qui vous vaudra de sièger aux cotés de Jules Ferry aux Paradis Laïque, Républicain et Obligatoire !

Une suggestion monsieur le ministre, si vous rajoutiez une casquette pour les garçons, et disons ...tiens, un foulard pour les filles !

Je sais aussi que dans quatre jours, Bush repart faire du cheval. Tout le monde attend Obama qui va tout régler en moins de deux...Hum !

Prenons Guantanamo par exemple. J'apprends, comme vous, qu'il faudra plusieurs mois pour fermer cette saloperie.

Est-ce que ses conseillers n'ont pas eu le temps depuis le 4 novembre de préparer le dossier, pour que cette honte soit non pas "fermée", mais ouverte à la seconde même où Barack prêtera serment sur le Dow-Jones  !

A plus tard...

 

 

 

15/01/2009

Partons là-bas...

...Où brille la lumière.

Plus loin.jpg

Mort à Gaza (5)

***

C'est cet après-midi qu'aura lieu la cérémonie.

Amos est à la fois fier et un peu ennuyé d'en être la vedette.

Fier, parce qu'à travers la remise de ce diplôme de « Soldat de la Nation », le jour de son départ à la retraite, un départ volontaire, il se verra honoré et récompensé de toute une vie entièrement vouée au service de son pays.

Fier oui, mais un peu ennuyé malgré tout,  de l'agitation et du protocole qui entourent cette cérémonie. Amos préfère de loin la tenue de combat à l'uniforme de gala qu'il a revêtu pour l'occasion, et dont le col le gène, lui si peu habitué à porter une cravate.

Bien peu habitué aux mondanités dans lesquelles il sera plongé tout à l'heure, à des années-lumière de ce qu'il a vécu jusqu'à aujourd'hui avec ses compagnons d'armes. Il s'agace et maltraite la fort jolie cravate qu'il doit nouer au plus vite, il lui reste peu de temps avant que la voiture de l'etat-major ne vienne le récupérer.

Le lieutenant-Colonel Amos Kliegsman se regarde droit dans les yeux face au grand miroir de sa chambre.

Il a du mal à deviner dans ce visage le jeune gars de dix-neuf ans qu'il fut, appelé sous les drapeau en 1986.

Cette année là, Ben Gourion aurait eu cent ans.

David Ben Gourion, un des pères fondateurs de l'Etat d'Israël et qui en fut le premier chef de gouvernement...

Amos s'interroge : « Mais pourquoi a-t-il souhaité Ben Gourion, qu'on ne tire pas de salve d'honneur à ses funérailles, était-il fatigué du bruit des armes ? »

Il hoche un peu la tête, et revient à son nœud de cravate.

Comme devenu plus froid, le miroir efface le jeune homme exalté, laissant toute la place au Lieutenant-Colonel qui bataille dur pour en finir avec cette satanée cravate !

Tous les médias , les journaux, les télés et les radios se sont fait l'écho de cette grande cérémonie qui disaient-ils, pourrait être le symbole fort d'une ère nouvelle pour l'État d'Israël, et pour tous les Palestiniens placés sous sa protection.

Plusieurs semaines que le Lieutenant-Colonel Amos Kliegsman est à la une de tous les journaux.  Son visage est placardé à tous les kiosques.

Le Lieutenant-Colonel qui demain recevra la plus belle décoration que puisse donner Israël a l'un de ses plus valeureux soldats, un de ses meilleurs fils aussi, ce n'est pas rien !

Que de regrets exprimés aussi, à l'idée que ce héros quitte les rangs de l'armée  à seulement cinquante-trois ans.  Quelques beaux esprits, un peu retors, s'étonnent qu'il ne soit pas Général, aurait-il un secret Amos se demandent-ils fielleusement... ?

Quitte -t-il l'armée pour entamer une carrière politique, comme d'autres l'ont fait ? C'est l'âge idéal cinquante-trois ans pour se lancer à la conquête du pouvoir.

Héros national, une belle gueule et la tête bien sur les épaules, avec la notoriété et le prestige qu'il a dans le pays, il obtenait sans trop d'efforts le poste de Premier Ministre. Et pour finir sa brillante carrière, pourquoi pas  Président, beaucoup plus tard.

Non, Amos acceptait bien les honneurs, c'était encore pour lui une façon de servir, mais dès la fête terminée, il regagnerait la belle maison et l'oliveraie qui la bordait. Tout était réglé, il mettait pour la première et la dernière fois une cravate dans cette chambre de sa villa de Jericho.

Elle était vendue la Villa, il la quittait sans trop de regrets, il n'y avait pas vécu longtemps. Du reste, il n'avait pas vécu longtemps dans des maisons Amos.

Sa décision était prise depuis ce jour terrible, ce jour où  sur son portable il...Quel terrible jour ! Les yeux embués, refusant de croire ce qu'il lisait il voyait danser devant ses yeux :

«Golda et Paula tuées dans l'attentat de Chypre»

Son épouse Paula, avec Golda sa soeur étaient parties comme tous les ans, pour une croisière en Méditerranée.

La bombe a explosé dans le Hall de l'hôtel où elles patientaient en bavardant, comme le reste du groupe des dix-huit touristes Israéliens qui attendaient le bus pour une excursion.

Les deux soeurs comptaient parmi les sept morts, les survivants blessés n'ont rien vu, ni terroriste, ni bagage suspect, rien !

Amos a recueilli les deux enfants de sa belle-soeur qui les élevait seule. Son mari était mort de maladie depuis plusieurs années.

Deux plus deux, Amos se vit d'un coup veuf et à la tête d'une famille nombreuse.

C'était il y a deux mois, et cet attentat, pas plus que la demi-douzaine d'autres qui eurent lieu en République Tchèque, au Danemark, en Allemagne ou en Egypte ne fut revendiqué.

Le mythe Ben Laden s'était éteint depuis longtemps, mort ou disparu, on ne parlait plus de lui. Qui pouvait ainsi semer la mort n'importe où et n'importe quand ?

L'inquiétude se faisait sentir un peu partout. Amos lui-même tremblait pour ses enfants , ses quatre enfants maintenant. Quoi de pire pour un soldat que de ne pas connaître son ennemi.

C'est décidé, il quitte l'armée. Là-bas, au milieu de ses oliviers, il restera près d'eux, il les protégera.

Il n'est pas connu seulement en Israël et dans les zones mixtes le valeureux soldat. Aux USA et en Europe aussi Amos est une vedette. Son visage n'est pas encore aussi familier que le fut celui de Moshe Dayan, mais Amos est devenu célèbre.

Il y aura des journalistes et les télés du monde entier tout à l'heure quand le vaillant Lieutenant-Colonel sera consacré « Soldat de la Nation ».

Il le croyait presqu'oublié ce visage.

De moins en moins souvent qu'au milieu de sa nuit déchirée, il se dresse ruisselant de sueur, et vite, il allume la  lampe pour éteindre le regard mort de son ami, ce regard  qui le perçait comme un muet reproche, et chasser le visage de celui qui l'a tué.

Presqu'oublié, et tout à coup :

« Amos le Pacificateur cultivera des oliviers »

C'est à la une du Times. Sous la manchette, cette photo, ce visage, c'est lui ! Un éclair lui traverse le cerveau, au bord de l'évanouissement, il court, comme un fou, il court et il crie :

"Je te tuerai, je  te tuerai..."

 

- Il est fou, bougonne le passant qu'il vient de bousculer...

Mahmoud court, il court et il crie, "Je te tuerai", son cri se perd dans un sanglot.

Venu de Gaza onze ans plus tôt, un fantôme l'a rattrapé à Londres.

 

A suivre...

***

 

Le Béal.jpg

Je vous mets ici l'édito du jour de Daniel Ruiz, le journaliste de La Montagne que je ne vous présente plus. C'est sans doute parce que j'ai le même avis que lui sur la question que je le trouve pertinent, c'est bien possible. Mais comme cet avis il l'exprime avec plus de talent que je ne saurais le faire, je vous invite à le lire :

***Silence on meurt.jpg***

***

Message de dernière minute :

Le chiffre  de 1000 morts est dépassé à Gaza.

Mais on apprend avec soulagement, bien qu'ils soient silencieux, que Bernard Kouchner et Rama Yade  sont bien vivants, ils sont sains et saufs ! Ouf !!!

***


 

14/01/2009

Sous le feu...

...Couvent les cendres...

Sous la cendre.jpg

Mort à Gaza (4)

***

Onze ans, presque jour pour jour, onze années s'étaient écoulées depuis la mort de Mahmoud à Gaza.

Les hommes, avec leur bombes et le fracas de leurs armes avaient ce jour-là plongé cette terre biblique vers l'enfer.

Le dimanche 4 janvier 2008, Mahmoud et les siens vivaient leur histoire à la page Apocalypse  :

«..Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme lorsqu'un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes.

Le ciel se retira comme un livre qu'on roule ; et toutes les montagnes et les îles furent remuées de leurs places...» - Apocalypse selon St Jean.

Oui, pas à dire, il furent sacrément remués ce jour-là !

Aujourd'hui, en ce début de l'année 2020, rien ne trouble le calme de cette belle journée de janvier, une journée froide et ensoleillée.

Le ciel de Jéricho d'un bleu pur et lumineux fait régner sur la ville une lumière irréelle, une lumière que depuis bien longtemps la Palestine n'avait plus connue.

La Palestine est en paix. Depuis bientôt deux ans, pas un seul attentat-suicide, plus une roquette Kassam, pas de soldat enlevé  ni manifestation d'aucune sorte, la Paix !

Les soldats de Tsahal s'ennuient. Les prisonniers palestiniens aussi, dans les camps, qui en sont réduits, avec leurs gardiens, à regarder  des films américains à la télé pour se distraire.

La Paix, du moins ce qui lui ressemble le plus, le calme et l'ordre, le calme et l'ordre règnent à Jéricho.

Depuis un quart d'heure, Mahmoud est aux aguets, il s'inquiète. Quelques passants dévisagent ce jeune rabbin planté là, que fait-il ? Bien jeune ce rabbin...

- Si la ville n'était pas aussi calme, je serais arrêté depuis longtemps. C'est ce qu'il se dit.

C'est vrai, dès  le calme revenu dans les « Zones mixtes », c'est ainsi que l'on appelle désormais les ex-territoires occupés, que la sécurité policière, ainsi que l'étau de Tsahal sur les Palestiniens s'étaient relâchés.

- Le calme est un excellent allié pour qui prépare la révolution pense-t-il, en surveillant l'entrée de la belle maison, juste à coté de la synagogue.

Il fait mine de s'intéresser aux livres exposés dans la vitrine de la petite librairie, beaucoup de livres, religieux,  il surveille surtout la porte de la villa dans le reflet de la vitrine, étonné et surpris par ce jeune rabbin qui le regarde.

- Si Mahmoud me voyait !

Onze années avant d'arriver là, onze années.

Entre l'instant où il sentit cet étrange sensation de chaud quand dans la mosquée bombardée, Mahmoud sous ses yeux exhala son dernier souffle, entre cet instant et le moment où il se retrouva sous l'immense toile de tente de la Croix-Rouge, il y a comme un vide.

Un vide, oui un vide, un vide noir, sauf le visage de ce soldat, et son rire. Ce rire et ces paroles aussi, qui sonnent étrangement quand elles lui reviennent.

Elle revient souvent cette phrase, prononcée sur le ton de la plaisanterie par un baroudeur fatigué. La nuit, parfois, il se réveille :

«Un petit arabe mort, ce sont dix des nôtres qui sont sauvés !»

Cette phrase le brûle...

On lui a raconté.

Les sauveteurs l'ont sorti des décombres, à demi-inconscient. « Je te tuerai ! » ne cessait-il de crier à l'adresse d'un ennemi qu'il était seul à voir...

D'abord confié à une organisation humanitaire qui fit pour lui ce qu'elle pouvait, un mois plus tard, après le cessez-le feu, il fut tranféré dans cet hôpital de campagne de la Croix-Rouge.

Depuis le 4 janvier, le regard vide, il restait muré dans son silence, comme si pour lui le temps n'avançait plus. Autour de lui, le monde bougeait !

Lui faisant comprendre que continuer à bombarder une ville en ruine pourrait peut-être à terme nuire à l'image d'Israël, le tout nouveau Président Obama avait réussi à convaincre son allié hébreu qu'il serait préférable d'arrêter l'opération « Plomb durci ».

C'est ainsi que cessèrent les combats. De combats, il n'y en avait plus guère d'ailleurs. Ecrasés sous un feu d'enfer, les « terroristes du Hamas », c'est ainsi que l'on nommait les combattants palestiniens de Gaza, ces combattants avaient disparu, soit ils étaient tués, ou s'étaient enfuis en Égypte, soit ils s'étaient fondus dans la population , soit, soit ?...

Des esprits curieux s'étaient étonnés que durant les deux premières semaines de combat, on parlait bien de morts et de blessés, mais nulle mention de « terroristes prisonniers » Étrange ? A moins que la guerre ne fut si dure que les soldats n'avaient pas le temps de faire des prisonniers.  C'est terrible la guerre !

Pendant de longs mois, tous les diplomates se mirent au travail, et il fut décidé de faire la Paix.

Ils eurent beaucoup de mal à seulement rétablir un semblant de calme, ce que l'on appelle en jargon militaire un cessez-le-feu.

Un cessez-le-feu, c'est à dire un état où le feu cesse et ne fait plus de fumée, mais où il couve toujours sous la cendre.

Et de cendres, lorsque cessa le feu, il n'en manquait pas à Gaza !

Le calme en apparence, mais pas encore la Paix.

Pour que la Paix soit vraie, il faut aussi qu'elle soit dans les cœurs, pas seulement dans les rues...Beaucoup trop pleins de rancœurs, les coeurs n'étaient pas en paix !

La seule véritable paix, c'est, après que les ennemis, s'étant chacun battus pour leur patrie décident de faire la « Paix des Braves », une paix où  le vainqueur n'ôte pas  au vaincu son honneur, et ne l'humilie pas.

Ensemble ensuite, ils peuvent les braves, vainqueur et vaincu, après avoir fait taire les armes, se parler, et construire  une Paix qu'ils respecteront, car ils l'auront l'un et l'autre signée du sang qui ne sera plus versé.

Pas de  "Paix de Braves"  à Gaza. Il n'y a qu'un vainqueur, un vainqueur qui ainsi qu'il l'a proclamé avant la bataille a rempli son objectif : anéantir son ennemi.

Il n'y a donc que la paix du vainqueur, le calme et l'ordre qu'il impose, par la crainte qu'inspire sa force, la paix de la cage aux fauves, entre les tigres et le dompteur...

« Je te tuerai ! »

A ce cri, le visage d'Amos le soldat s'est éloignée, avec ce cri Mahmoud est revenu à la vie sous la tente de la Croix-Rouge.

Deux mois muré dans le silence, puis ce cri, « Je te tuerai ! »

Sorti du choc, n'ayant aucun souvenir de cette période, Mahmoud redevient un enfant.

Comme d'autres centaines d'enfants de Gaza, il est pris en charge par des organisations non gouvernementales qui les soignent et tentent de leur redonner une existence normale, une existence normale d'orphelins.

Mahmoud est très intelligent, il est remarqué par ses professeurs qui dans les méandres de la bureaucratie internationale, lui ouvriront un chemin vers un collège à Londres, puis à l'Université.

Là, il rencontre d'autres jeunes venus de là-bas, enfants de la Diaspora Palestinienne comme lui. Ils ont entre eux des liens très forts.

Ayant vécu le même cauchemar, ils se forgent ensemble un grand rêve.

Eux, devenus parias sur leur propre terre d'où on les a chassés, ils se font le serment de la reconquérir et d'y bâtir un État.

 

A suivre....

***

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PS: Je tiens à présenter mes excuses aux trois ou quatre personnes qui ont suivi, et suivent encore (?) Mort à Gaza. Je m'étais un peu avancé en disant que je bouclerai le quatrième épisode aujourd'hui, et que ce quatrième épisode serait le dernier.

Je ne sais pas faire court ! Et cette histoire m'entraînant plus loin que je le voudrais, je ne suis même pas sûr que demain j'en verrai la fin.

Ce que je sais, c'est que je me dois de la terminer, et je la terminerai. Pour remettre un peu de réalité dans cette fiction, je vous donne quelques chiffres.

Le chiffres des morts pour commencer, et avec le détail cette fois.

Ces chiffres proviennent du quotidien La Montagne qui les tient probablement d'une agence de presse.

Selon les services d'urgences de Gaza, il y aurait depuis le début de l'offensive, un total de :

- 952 Palestiniens tués, dont

- 277 enfants

- 97 femmes

- 92 personnes âgées,

...et plus de 4400 blessés.

Je me dois d'être objectif, c'est pourquoi je vous communique les pertes coté Israélien, les voici :

- 10 soldats tués, dont 4 par des tirs "amis"

- 3 civils tués,

...et quelques dizaines de blessés. Un chiffre que je ne vous donnerai pas, je l'ignore, c'est le nombre d'obus au phosphore que les Israéliens ont envoyés sur la zone la plus peuplée du monde.

Comme je l'ai lu dans la note que je viens d'écrire, on ne parle nulle part de combattants du Hamas que Tsahal aurait capturés. Pas de prisonniers !

Pas beaucoup de pitié non plus...

***

 

 

 

 

 

 

13/01/2009

Messieurs qu'on nomme grands SVP...

...Arrêtez-moi ce boucan !

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Mort à Gaza (3)

***

« Je te tuerai ! »

Mahmoud vit avec ce serment, serment  qu’il s’est fait en quittant son ami.

Le visage du soldat ne l’a plus quitté depuis ce maudit jour. Un beau visage pourtant, le visage d’un soldat né dans la guerre voilà bientôt quarante ans et ne l'a pas quittée.

Lui aussi le guerrier, bien des fois aurait pu y laisser sa vie.

Etrange destin qui fait se détester des gens nés sur une même terre, et qui se la disputent, au lieu de la partager.

Mais qui serions-nous pour les juger, accepterions-nous de partager la nôtre ?

Chez nous aussi, celui venu d’ailleurs, tout comme celui né ici mais qui ne nous est pas semblable, tout comme là-bas,  l'autre ressemble à un ennemi.

Quarante ans de vie, dont vingt passés à combattre sous l’uniforme, finissent par étouffer la pitié que tout homme éprouve devant des cadavres d’enfants.

Il en a des enfants  le commandant Amos, qui entra ce jour dans la vie d’un gosse terrorisé immobile comme un mort. L'a-t-il seulement vu ce gosse quand ses yeux se sont accrochés à ce visage d'où la peur un instant avait fait fuir la vie.

Il en a vu tant Amos, des morts  et des gosses morts, qu’inconsciemment il refuse de les voir.

Pendant toutes ces années, quand les armes se taisaient, c’était rare, il lui arrivait de penser. Il aurait aimé vivre en paix, ne plus voir de sang, ne plus se sentir comme sali par les cris et les crachats d'épouses et des mères en colère pleurant leurs maris, leurs enfants.

Vivre tranquille, et regarder grandir les siens. Il lui arrivait de rêver Amos, que jamais ses enfants ne deviendraient soldats.

Hélas, il ne se passait guère de temps sans qu’un attentat-suicide ne vienne semer son lot de morts et de blessés et déchaîner la colère…

Attentat, représailles, représailles et nouvel attentat. Un sinistre pas de deux qu’il connaît par cœur Amos.

Combien de fois n’a-t-il pas accompagné le bulldozer, qui, parce que le peuple a besoin de vengeance, s’en va raser la maison du kamikaze.

Un gamin désespéré le plus souvent le kamikase, chauffé au rouge par des « idéologues » criminels fabricants de martyrs, et dont l'âme se perdait, déchiquetée comme lui en mille morceaux, se mêlant au sang de ses victimes.

Dans ce pays, né de la guerre comme bien d’autres, mais qui n'ose pas en sortir, dans ce pays de soldats, il n’y a pas encore de règle genre : « Si le criminel est mort, l’action de la Justice est éteinte. »

Non, ici, tout crime entraîne un châtiment.

« Œil pour œil, dent pour dent », telle est la loi.

Le criminel est mort, le châtiment s’appliquera à sa famille, à son entourage, à sa communauté, à son peuple…

Combien de fois a-t-il vu les femmes et les mères pleurer sur les ruines de leur maison, les pères têtes baissée, honteux de n’être pas assez forts pour chasser ces maudits soldats qui piétinaient leur vie.

Combien de fois crut-il voir, dans les yeux de gamins serrant les poings, plus loin que la colère, leur regard qui demandait : «Pourquoi ?» De la colère, de la haine sans doute, mais a-t-il su la voir ? Il l'a vue la haine, à Gaza justement, où il était venu non pas pour combattre, mais pour chasser ses propres frères d'une terre qui soudain n'était plus la terre promise...De la haine, oui, de la haine chez ces gens qu'il a passé sa vie à défendre.

 

Il lui est arrivé bien des fois de se la poser lui-même cette question, «Pourquoi ?», et de se demander si son combat était juste. Il n'a jamais eu assez de temps pour y répondre, en temps de guerre le soldat n'a pas droit au doute comme les hommes...

Il est reparti au combat Amos. Le plat du jour aujourd’hui, c’est encore Gaza. En bon soldat, le commandant Amos s’est mis à table avec ses camarades.Représailles ou légitime défense, les militaires ne se posent pas de questions. Le troupeau d’éléphants continue d’écraser les mouches.

Il ne sait pas Amos qu’une mouche qui n’est pas morte peut devenir un scorpion...

« Œil pour œil… »

Mahmoud a chaud, il arrive près de la synagogue.

 

A suivre...

***

NB : Pour ramener à notre réalité ce récit, c'est une fiction, je vous mets ici un des derniers éditos de Daniel Ruiz, journaliste à la Montagne.

Je me permets de vous citer Montaigne:

"Les soldats devraient craindre leur général plus que leur ennemi."

Ainsi que :

"L'une des plus grandes sagesses de l'art militaire, c'est de ne pas pousser son ennemi au désespoir."

Lisez Montaigne mon général...Et vous, lisez ceci si vous avez le temps :

***Ruiz Gaza 2.jpg***

***

12/01/2009

Drôle de départ...

...Pour un drôle de voyage...

Bandeau 12.jpg

Mort à Gaza (2)

***

Non, on n'échappe pas à son destin. Mahmoud marche vers le sien.

Il hâte le pas, évitant de justesse une bande de marmots braillards comme des moineaux, qui piaillent, se chamaillent, et se poursuivent en riant. Peut-être jouent-ils à la guerre ?

La guerre ! D'un seul coup il se retrouve onze années en arrière, suffoquant dans la poussière , les yeux rougis par cette fumée âcre et épaisse qui depuis des jours couvre la ville comme un linceul.

En d'autres lieux et à d'autres moments, dans un pays en paix, qu'un enfant de huit ans ne soit qu'étourdi, et à peine égratigné après une explosion pareille, tous les médias, les  journaux sur leurs manchettes, et les télés au 20 heures auraient crié au miracle. :

«Seul de toute sa famille, le jeune Mahmoud se sort indemne de la terrible explosion qui a tué les onze personnes réunies... »

Pas un journal ni une télé n'ont parlé de lui. Ce n'était pas  une bouteille de gaz explosant accidentellement dans un appartement, ou  dans une villa de banlieue tranquille. Non, c'est une des centaines, de milliers peut-être, de bombes, d'obus et de missiles tirés ce premier dimanche de janvier qui a tout soufflé là, qui l'a épargné lui, et tué tout les autres. Il y en eut beaucoup trop de ces bombes pour qu'on s'intéresse à lui.

Tiens se dit-il, à quoi correspondait-il  le 4 janvier 2009 dans le calendrier de l'Hégire ? Très vite il balaya cette question de son esprit.

Depuis longtemps, Mahmoud ne se préoccupait plus de religion. Comme si en chassant de ses poumons miraculeusement préservés la fumée de la bombe et la poussière de l'explosion, il avait chassé avec elles toute idée de Dieu et de dieux coupables d'avoir fait mourir son ami, son compagnon de jeux, son frère.

Il se souvient, ces instants sont à jamais gravés dans sa mémoire. Depuis ce funeste dimanche, il n'est pas guère de jours sans que vienne le hanter le regard de son ami, un regard qu'il vit s'éteindre au moment où la vie l'a quitté.

Il se souvient aussi de cette douleur, cette déchirure, et de la chaleur, une chaleur étrange qui l'envahit d'un coup à cet instant précis, cet instant de mort...

Les tempes battantes, pétrifié par la peur, il se revoit, incapable de bouger pour s'enfuir quand les soldats se sont approchés...

Leurs silhouettes de fantômes semblent flotter dans la fumée quand il les devine dans le trou béant qui remplace maintenant le mur de la mosquée.

-Je lance une grenade ?

C'est une voix jeune qui interroge...

Cette voix lui perce presque les tympans tant sa tête était prête à éclater, effet du blast aussi, c'est probable. Le blast, cet effet de souffle, qui tue plus sûrement que la mitraille.

- Pas la peine, avec ce qu'ils ont pris, ils sont cuits. L'homme est là, presque à lui toucher le visage du bout de ses rangers.

- Il y a des gosses, s'écrie le jeune en baissant la voix...

Le plus âgé s'assied sur une poutre en béton, enlève son casque et s'éponge le front. Cette bataille pour lui n'est pas la première, ce ne sera pas non plus la dernière, il le sait.

Des morts il en a vu, au Liban, sur le Golan, en Cisjordanie...

Des morts palestiniens, des hommes, des femmes et des enfants. Il a vu aussi des morts chez les siens, des soldats comme lui, mais aussi des femmes mutilées dans des attentats suicides, et des gosses, des gosses  presque en morceaux et criblés d'éclats, hachés vifs dans le bus qui les emmenait à l'école. Alors les gosses d'en face, comme celui-là à ses pieds, à demi-enfoui dans les gravats, qui a l'air de dormir...Il s'écoute dire :

- Tant mieux, ça fera des kamikazes en moins dans dix ans. Un petit arabe mort, c'est dix des nôtres qui sont sauvés !

Et il part d'un grand rire, heureux de son bon mot. Il se lève, remet son casque, puis s'adressant à son compagnon.

- Viens, il faut rejoindre les autres, il n'y a plus rien à faire par ici...

Les deux soldats s'éloignent, Mahmoud reste seul. Le rire du soldat l'a encore plus assommé que la bombe. Il a bien vu son visage, il ne l'oubliera pas.

Un visage de soldat, un soldat fatigué, au regard gris, avec les marques du baroudeur, les traces de ses batailles.

pour Mahmoud, il n'y a pas de doute, c'est cet homme qui a tué son ami et toute la famille...Des larmes de colère ravagent la poussière de ses joues, des larmes qui brûlent, des larmes de haine...Quand des sauveteurs le tirent du tas de gravats, il ne cesse de répéter :

"Je te tuerai, je te tuerai..."

 

A suivre...

 

 

 

 

 

11/01/2009

Le soleil va se lever...

...Il brillera pour ceux qui restent.

Pour tout le monde.jpg

La Phrase du Jour :

C'est Jean-Luc Mélenchon qui l'a prononcée hier, mais elle reflète l'opinion d'un très grand nombre de nos concitoyens, je suis de ceux-là, qui pensent comme lui et le disent :

"En quelques jours, l'Etat d'Israël a fait plus de mal à son image que des centaines d'heures de la propagande de ses pires ennemis."

C'est tout à fait vrai.

Bien que l'envie me démange de durcir le ton comme d'autres durcissent le plomb, je vais - jusqu'à quand ?- m'obliger à employer un ton mesuré pour commenter, si toutefois je continue de le faire, les événements du Moyen-orient, et les mesures prises par les uns ou les autres des grands de ce monde.

Je parle de ceux qui "veulent la paix" et ne cessent de nous le clamer, et des mesures qu'ils proposent ou qu'ils prennent pour mettre en place sur le terrain la réalité de leurs discours.

Pour l'heure, sur le chemin de  la Paix,nous n'y sommes pas encore !

Je laisse donc au vestiaire mes mots, qui même gros ne pèsent rien, pas plus que  les maux dont nous voyons les images et les photos, maux qui accablent les gens de Gaza , maux dont ni les images ni les mots ne choquent  suffisamment  ceux qui peuvent arrêter tout ça. Ils ne l'arrêtent pas !

Trop vues, et vues trop souvent, ces images en deviennent banales.

Trop banales maintenant ces images. Il faut presque faire un effort pour percevoir derrière ces cris et tout ce sang qui poisse les mains dès qu'on touche son journal, pour percevoir la douleur et ressentir le chagrin d'une population plongée dans le malheur et la mort...

Trop d'horreurs tue l'horreur.

La mort, et les morts.

Le chiffre  qui défilait ce matin sur LCI était de 854 tués depuis le 27 décembre, chiffre auquel il convient de rapprocher les 10 soldats israéliens tués dans ces combats, dont 4 tués par une erreur de tir de leur propre camp.

Un autre chiffre faisait état de 550 combattants du Hamas tués dans cette bataille.

Je ne suis pas un expert dans l'art de la guerre, mais quand dans une bataille un des deux camps a cent fois plus de pertes que l'autre, j'ai comme l'impression que vue de la colline, la bataille prend des airs de destruction massive.

Je peux me tromper.

Je vous mets en lien l'éditorial de Daniel Ruiz, un bon, très bon journaliste du journal La Montagne. Il explique bien mieux que je ne saurai le faire le climat qui règne là-bas.

***EDITO Gaza.jpg***

***

Maintenant, comme promis :

 

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Chronique d'une mort dénoncée.

***

Mort à Gaza (1)

***

Il paraîtrait, certains le disent qui en ont entrebâillé la porte, que juste avant la mort, on revit d'un coup toute sa vie.

Comme assis sur sa dépouille qui frémit encore, l'esprit du voyageur voit défiler tout son passé. Il devient spectateur de ce que fut son existence...

Il en est même qui commencent à revivre leur passé beaucoup plus tôt que d'autres.

Ainsi, de ces grands vieillards dont on dit qu'ils sont retombés dans l'enfance, et qu'ils radotent, alors que c'est tout simplement qu'ils meurent plus doucement que les gens ordinaires.

Plus la mort est lente, et plus la vie va loin...

Ceci est vrai pour les adultes, vieux, très vieux, et ceux dont la fin est hâtée par la maladie, les accidents ,ou un destin tragique.

Ils ont accumulé dans leur vie passée assez de choses pour alimenter un flash-back suffisant à rendre plus doux le passage. Mais les enfants, où voulez-vous qu'ils trouvent dans le peu d'années d'une vie à peine ébauchée de quoi se consoler de la quitter déjà.

Ils ne peuvent trouver aucun réconfort dans des souvenirs qui n'ont pas encore commencé.

C'est déjà bien triste et bien injuste la mort d'un gosse, ce serait bien plus injuste encore s'il ne pouvait pas mourir en emmenant des souvenirs, comme les grands.

C'est un des nombreux mystères de ce monde, le percera-t-on jamais, dans la formidable machine du temps qui régit la vie et la mort, et parce qu'on le dit, et c'est vrai, nous sommes tous égaux devant la mort, les enfants dont la vie est trop courte pour que ça vaille le coup de la revivre, se voient avant de mourir, projetés dans l'avenir qu'ils auraient vécu, plutôt que dans un passé dont ils n'ont pas eu le temps de profiter.

Comment expliquer autrement que Mahmoud, un gamin de huit ans tué dimanche dernier à Gaza, se retrouve une semaine après, en 2020, dans les rues de Jéricho...

Il n'a même pas mal, il ne sent rien.

Une curieuse sensation d'abandon qui le gagne, il s'en va. Il quitte ce corps immobile, il abandonne ce gamin couché d'une manière bizarre,  comme une poupée désarticulée jetée à terre par une gamine en colère.

A peine un peu de mousse rose au coin de la bouche, un mince filet de sang sort de ses oreilles. il coule de plus en plus doucement le sang, se perdant dans la poussière. Quand il ne coulera plus, Mahmoud sera très loin...Il est encore là.

Il y a un instant, il regardait la rue, de l'étroite lucarne presque obstruée par un enchevêtrement de blocs de béton de poutres et de gravats qui chaque jour un peu plus bouchent le paysage. Il a bien vu l'éclair qui est parti de l'hélicoptère, puis un éclair plus grand encore qui lui a inondé le cerveau....

Si ses yeux ne devenaient pas vitreux, il pourrait lire le tract à peine froissé, moins d'un mètre devant lui. Un de ces milliers de tracts, que dans un souci humanitaire les Israéliens lâchent des hélicoptères avant de lâcher leurs bombes.

Des merveilles de technologie ces bombes, plus faites pour souffler les bâtiments que pour blesser les gens.

C'est pourquoi on les invite à partir de chez eux les gens....Toute la famille est donc partie, elle a quitté sa maison, et s'est réfugiée là, dans cette mosquée, un endroit plus sûr...

Le vent n'est pas chaud, Mahmoud frissonne, il sent le poids du pistolet Uzi collé dans son dos.

Il esquisse un sourire. « Ils vont périr sous leurs propres armes... » Il frissonne encore, mais ce n'est pas de froid. Deux soldats, ils sont très jeunes, comme lui, vingt ans peut-être, qui remontent la rue.

Il n'a pas peur, depuis le jour où il a vu mourir son ami, son frère, il a eu tellement peur, que depuis la peur ne peut plus l'atteindre.

Pas peur,non, mais de la contrarieté, il est si près de réussir.

Instinctivement, il croise ses mains derrière son dos, l'Uzi est là, au cas où...

Les deux jeunes gars le croisent sans le regarder. Il respire un grand coup, l'air glacé lui fait du bien, il continue son chemin.

Quelques dizaines de mètres encore, il touchera au but...

 

A suivre...

***

PS: Le problème, quand on annonce la publication d'une note avant de l'avoir écrite, c'est que n'ayant aucune idée de ce qu'elle sera vraiment, il est impossible de prévoir si elle occupera un, deux, trois épisodes ou plus.

C'est pourquoi j'ai mis "à suivre", nous verrons bien combien de temps il nous faudra pour arriver au bout de cette histoire...Nous y arriverons.

***

 

 

03/01/2009

Elle leur donnait des miettes...

... Ils égayaient sa vie...

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Mais que se passe-t-il ? Trois jours déjà, et toujours rien...

Le premier à s'en étonner, ce fut le rouge-gorge. Avant que le jour se lève, il est aux avants-postes ; à peine lance-t-il son coup de sifflet strident, il est déjà plus loin.

Avant-hier matin, comme tous les jours depuis ce début d'hiver gelé, il va, vient se glisse d'un arbuste à l'autre, picore les graines et les miettes chaque jour renouvelées. Un bon génie vient deux ou trois fois par jour garnir la mangeoire placée hors des griffes du chat. C'est un miracle de la nature, c'était déjà comme ça l'année dernière.

Pour un bon moment rassasié, il laisse la place aux moineaux querelleurs et braillards, quels mal-élevés ceux-là !mésange4.jpg

Mais que se passe-t-il donc se demandent les mésanges, il n'y a pas eu de changement d'heure pourtant.

De toute manière un changement d'heure ne dure pas trois jours !

Il y a de quoi s'inquiéter, et elles s'inquiètent obligées qu'elles sont d'aller ailleurs chercher leur pitance.

Depuis hier, c'est pas de bol, mais il n'y a plus de boule dans le filet habituellement garni, qu'un vent frisquet balance tristement au bout de la branche dénudée...

Affamé, le pinson venu des Ardennes - les Ardennes, en haut légèrement à droite sur la carte- le pinson esquisse un sourire... Non non, pas pincé le sourire, un sourire normal de pinson normal.

Il se souvient d'une question que lui avait posée sa femme, la pauvre, tellement tête de linotte qu'elle s'était perchée sur une branche pleine de glu, sans regarder où elle mettait les pattes. Elle avait fini sa vie sous la dent de l'oiseleur,  accompagnée par une demie douzaine de bouvreuils, et un plat...de pâtes ! Bien triste fin en vérité.

« Chéri lui avait-elle demandé, combien crois-tu qu'il faille de litres de pétrole pour fabriquer tous ces filets en plastique chaque hiver ? »

« Je n'en sais rien ma colombe, tais-toi et mange avant que les moineaux arrivent ! »...

Bien beau la nostalgie et les souvenirs, mais ça ne remplit pas le jabot !

Tout le petit monde ailé du jardin et des alentours se posait la même question :

«  Quand est-ce qu'elle va nous remplir la mangeoire Mamie ? »

Sauf dans les périodes de grande disette, il était rare de voir autant d'oiseaux différents rassemblés au même endroit au même moment.

Rare, que se côtoient le rouge-gorge et les moineaux, l'accenteur mouchet et le merle noir, les mésanges et les tourterelles, et tous presque silencieux, sans nullement penser à disputer l'espace à son voisin...

L'heure était grave, il fallait prendre une décision.

Trois jours que les volets restaient clos, trois jours que personne n'avait garni la mangeoire, trois jours que le bac était gelé, ce bac si pratique l'hiver pour boire et même se baigner, tout comme en été, où on buvait et se baignait le matin dans de l'eau fraîche et claire, et qu'il en restait assez de l'eau, sale et tiède le soir, en cas de grande soif.

Plus hardie que ses compagnons, une mésange un peu tête brûlée, bien que n'étant pas à tête noire se hasarda jusqu'au rebord de la fenêtre. Elle jeta un regard à travers une fente du volet clos...

Rien, pas un bruit pas un son, la vie était éteinte,

Pas même une morne plainte comme parfois

Quand un chien sans abri hurle au coin du bois.

Rien, le silence.

Ne sachant que faire, elle se tourna vers tous les oiseaux  rassemblés en un demi-cercle, coloré et silencieux se détachant sur la neige, grise de leurs piétinements...

Grave, et pleine de  sanglots,  la voix de la petite bestiole perça le froid de l'hiver et déchira le silence :

« Est-ce que les vieilles dames se cachent pour mourir ? »

Effrayés par les pompiers qui venaient vers eux, les oiseaux s'envolèrent, on ne les revit plus.

La rue est bien triste sans eux...

***

Epilogue.

Cette petite histoire, je l'offre à Hélène (*), qui me préfère en radoteur romantique qu'en chroniqueur piquant.

C'est en passant devant la maison voisine, où vivait une très vieille dame, où les oiseaux sont heureux, puis au cours du ping-pong poétique avec Marc que m'est venue cette histoire.

Il n'y a nul message ni morale à en tirer, c'est juste un instant d'écriture, et le plaisir de l'offrir à une amie du blog...

C'est pour toi Hélène...Je peux retourner égratigner les gugusses maintenant, tu permets ?

Doyenne.jpgA propos de vieille dame. Notre doyenne, celle de l'humanité, Madame Maria de Jésus, nous a quittés.

Après cent quinze années de vie, elle a décidé de prendre un autre chemin.

Bonne route Maria...

J'ai mis sa photo avec l'encadrement noir, en signe de deuil. Mais j'ai aussi encadré en vert, car contre tout, il faut voir la vie en vert, la couleur de l'espoir.

L'espoir il faut y croire, le cadre rose est là pour nous le rappeler, une très vieille dame s'en va, mais une petite Zohra vient de la remplacer, souhaitons lui une aussi longue vie. Bienvenue Zohra.

Bien sûr tout ça est un peu triste, mais c'est la vie.

Une chandelle s'éteint, et une nouvelle étoile brille au firmament de la vie.

Certes, on ignore encore qui sera le parrain de la petite, mais est-ce  si important d'avoir un parrain ?

Une chose m'attriste cependant...Y aura-t-il quelqu'un pour prendre soin du chien de Maria. Il a l'air sympa le corniaud sur la photo...

 

A plus tard...

***

(*) A propos Hélène. Je te rappelle, c'est la dernière fois, après je me fâche, que ton URL, c'est :

http://natureetsaveurs.blog50.com/

 

http://natureetsaveurs.blog50.com

 

Avec un 0=zéro, et non pas :

http://natureetsaveurs.blog5o.com/

avec un o= Ho= OhOOOOO !

GrOs BisOu, il fait moins de 0 chez nous...

***